Actor dynamics and environmental change – South Kivu

In her doctoral research Anuarite Bashizi focuses on actor dynamics around access to water and environmental change in agricultural and mining zones. Part of her research at the Université Catholique de Louvain is done in collaboration with CEGEMI. Below you find a summary of her research in French:

Exploitation minière au Sud-Kivu/RDC : dynamiques des acteurs et changements environnementaux

Depuis l’époque précoloniale, le secteur minier constitue un  pilier de l’économique congolaise. Mais il commence à s’effondrer à partir des années 1980 suite à la chute des cours des matières premières sur le marché international. Cela est ensuite renforcé par  une situation d’instabilité politique chronique qui a des impacts négatifs sur le secteur – pillage, implication des groupes armés, fraude, corruption, etc. (Geenen, 2014 ; Bashizi, Balemba, Bucekuderwa, 2014 ; Bashizi, Geenen, 2015).

Cependant, au cours de cette dernière décennie – marquée par une progression des prix des métaux sur le marché international et une demande de plus en plus forte de ressources minières par les industries des pays émergents (Banque Mondiale, 2008 ; Campbell, 2009 ; Viard, 2011) –,  le gouvernement congolais s’investit particulièrement dans la relance du secteur minier. En effet, toute une série de mesures de réforme ont été mises en place, sous la recommandation des Institutions, Financières Internationales (IFI), afin d’accroître le contrôle et la production du secteur minier, et par là lutter contre la pauvreté et améliorer le bien-être des populations (Ministère des mines, 2010).

L’approche réformiste privilégiée par le gouvernement congolais – et les logiques qu’elle sous-entend – mène à poser l’hypothèse d’une simplification eu égard aux facteurs qu’elle considère dans son diagnostic qu’elle fait du secteurs ainsi que des liens que celui-ci établit avec la lutte contre la pauvreté. En effet,  la pauvreté et la paupérisation était des phénomènes multi-facteurs (Olivier de Schutter, 2012 ; Collier, 2007), la croissance économique ne peut en elle-même suffire pour améliorer le bien-être des populations. D’autres question, et pas des moindres, nécessitent également d’être résolues, notamment celle de la justice social, la redistribution des ressources, la gestion transparentes, etc.

Plus particulièrement, la question de l’environnement nécessite également d’être étudié dans un tel processus. Sa prise en compte dans ce débat requiert un décentrement originaire dans la mesure où elle pose désormais une question de limitation de l’exploitation des ressources dans un contexte où la croissance est le but recherché. En effet, il nous semble pertinemment que l’exploitation des ressources minières soit, dans certaines conditions, contradictoire à ses finalités (redistribution et lutte contre la pauvreté) lorsque son processus nuit à l’exploitation des ressources (terres agricoles, eaux) ayant la même finalité. Dans ce sens, il nous parait intéressant de questionner les conditions dans lesquelles l’exploitation minière peut représenter des effets négatifs sur l’environnement de telle sorte que ceux-ci nuisent au bien-être des populations locales.

C’est à ce niveau que se situe le centre d’intérêt de nos recherches au CEGEMI. Tout au long de nos recherches nous tenterons de répondre à la question de savoir : dans quelle mesure l’exploitation minière au Sud-Kivu constitue une menace pour le bien-être des populations ?

Il s’agira de montrer, à travers différentes études de cas, (1) la manière dont les phases d’exploration et d’exploitation entraînent la destruction de la flore et de la faune et mettent ainsi en mal l’agriculture (perte des terres agricole, de la fertilité, etc.) et met en conflit le foncier et le minier ; (2) comment l’activité minière pollue les eaux de rivière (par le drainage des eaux de ruissèlement acide), des eaux superficielles et des eaux souterraines (par le rejet des substances toxiques et des métaux lourds). En conséquence, l’activité minière présenterait des risques de maladie chez l’humain et chez l’animal (eau impropre à la consommation), perturberait la vie aquatique et végétale ; (3) comment l’activité minière pollue l’aire par l’émission des gaz toxiques, par le rejet des poussiers lors de la fragmentation et déplacement des roches ou lors de la circulation des engins et véhicules des industries minières. Ce qui présenterait des conséquences énormes sur l’environnement (émission des gaz à effet de serre) et exposerait la population à plusieurs risques de maladie.

Cette recherche tentera alors de mettre à jours les réels problèmes environnementaux causés par l’exploitation minière (industrielle et artisanale) afin de pouvoir explorer l’autre face de ce secteur souvent présenté comme une opportunité pour l’amélioration du bien-être des populations.

Et donc, les politiques de réforme du secteur minier conçues dans le but d’améliorer le bien-être ne pourraient être efficaces aussi longtemps qu’elles n’arrivent pas à limiter les effets de l’activité minière sur l’environnement. Mais pour en arriver là, il faut encore aller au-delà des apparences pour mieux scruter les dynamiques des acteurs qui rendent possible les changements environnementaux. Une approche de la « political ecology » est une poste assez intéressante pour pouvoir présenter cette étude sous une forme théorique.

Bibliographie

Banque Mondiale, 2008. République Démocratique du Congo.  La bonne gouvernance dans le secteur minier comme facteur de croissance, Rapport N° 43402-ZR, mai 2008.

Bashizi, A., Geenen, S., Les limites d’une « gouvernance par le bas » : les logiques des coopératives minières Kalimbi/Sud-Kivu, in : Marysse, S., Omasombo, J., Conjonctures congolaises 2014. Politiques, territoires et ressources naturelles : changements et continuités, L’Harmattan, collection Cahiers Africains, Paris, 2015.

Bashizi, Balemba, Bucekuderwa, 2014. La gouvernance et le capital social dans les sites miniers de kalimbi au sud-kivu, dansMarysse, S., Reyntjens, F. & Vandeginste, S. (éd.), L’Afrique des Grands Lacs. Annuaire 2013-2014. Paris, L’Harmattan.

Campbell, B. 2009. Introduction, in Campbell, B. (ed.) Mining in Africa. Regulation and development, London and New York: Pluto Press: 1-24.

Collier, (2010). The Plundered Planet. Why We Must–and How We Can–Manage Nature for Global Prosperity, Oxford University Press.

De Schutter, O. (2011). “How not to think of land-grabbing: three critiques of large-scale investments in farmland”, Journal of Peasant Studies, 38 (2): pp. 249-279.

Geenen, S. 2014. « “Qui cherche, trouve”: the political economy of access to gold mining and trade in South Kivu, DRC ». PhD diss. in Development Studies. Université d’Anvers.

République Démocratique du Congo. Ministère des mines, 2010. La vision du Ministère des Mines pour la période 2010-2015

Viard, E. 2011. « Le secteur Minier, un levier de croissance pour l’Afrique? » in Secteur Privé et développement, n°8, édition Lionel Bluteau/ Paris, janvier.